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Publié le par imaginer

Non ? Oh que si:-)

 

 

Notre balance et nous : une relation toxique

La balance nous communique notre poids mais aussi toute une série d'idées fausses et de croyances toxiques. L'objectif : les identifier pour mieux les neutraliser afin de rétablir une relation apaisée avec notre corps et notre alimentation. Explications et conseils de Gérard Apfeldorfer, psychiatre, spécialiste du comportement alimentaire.

Qu'elle affiche moins quatre kilos ou plus 500 grammes, la balance ne se contente pas de donner notre poids. A la manière des professeurs lors des conseils de classe, elle nous délivre avertissements, blâmes ou félicitations. Car cette machine, que l'on croit parfaitement fiable et objective, génère ou entretient une série d'idées fausses. Sur notre relation au corps, au poids et à l'alimentation. Son pouvoir, et notre dépendance, seraient moindres si seulement nous n'avions pas donné à ces quelques centimètres carrés de plastique et d'aluminium le statut de juge suprême. L'antidote à cette relation empoisonnée? Identifier une à une nos croyances erronées pour mieux les abandonner afin de rétablir une relation plus juste, plus confortable et plus réaliste avec notre corps, notre poids et notre image.

La balance prétend connaître notre poids idéal

Tout commence avec un fantasme : atteindre ou retrouver notre poids idéal. Le hic, c'est que le poids idéal que l'on vise est rarement notre poids naturel, c'est-à-dire notre poids d'équilibre ou de confort. Le poids idéal est souvent celui que l'on atteint après des régimes drastiques ou celui que l'on n'atteint jamais et que l'on poursuit toute sa vie. Le problème est que la notion même de poids idéal est soutenue par le corps médical, ainsi que le souligne Gérard Apfeldorfer. « Les médecins se réfèrent à l'Imc, l'indice de masse corporelle (poids divisé par le carré de la taille, exprimé en kg/m2). Or, ce calcul est effectué à partir de données épidémiologiques — c'est-à-dire sur l'ensemble d'une population — qui ne sont pas transposables aux individus. Elles ne tiennent pas compte de l'histoire pondérale, du mode de vie ni de l'héritage génétique de la personne. »

Résultats : en élisant un chiffre magique, qui symbolise à la fois notre poids de beauté et notre poids de santé, nous transformons le pèse-personne en caisse de résonances de données fausses et anxiogènes.

Conclusion ? « Il ne faut pas perdre son temps et sa santé à courir derrière le poids idéal, prévient le Dr Apfeldorfer, mais plutôt rechercher son poids d'équilibre. Celui que l'on appelle aussi « poids naturel » et dans lequel on s'installe durablement et sans effort quand on est vraiment à l'écoute de ses sensations corporelles et alimentaires. »

Elle stigmatise nos fluctuations de poids

« Oui, et alors ? » Nous sommes tous soumis à une relative instabilité pondérale. Par exemple nous sommes plus légers à la sortie de l'été (alimentation moins riche et dépense physique plus importante) et plus lourds à la sortie de l'hiver (pour les raisons inverses). Mais aussi la chimie de certains aliments : le mélange glucogène-eau occasionne des variations entre 1 et 3 kg en l'espace de 12 à 24 heures ! Passé ce laps de temps, nous retrouvons notre poids initial.

Autre facteur : notre niveau d'hydratation. Moins l'organisme est hydraté, plus le corps retient l'eau. Le stress peut aussi provoquer un stockage excessif. La reprise d'une pratique sportive engendre également une prise de poids (entre 1 et 3 kilos). Soit la graisse est remplacée par le muscle (plus lourd), soit on s'est musclé sans avoir maigri. Autre cause de fluctuation : les « craquages » alimentaires après un régime drastique. Chaque fois que vous mettez le corps en restriction alimentaire, vous activez une carte mémoire de défense de l’organisme. Votre corps va se mettre sur le mode « stockage en prévision de la famine » pour lequel il est génétiquement programmé. Ce qui explique pourquoi 400 grammes de viennoiseries produisent parfois 2 kilos de plus sur la balance ! Enfin, n'oublions pas les hormones, qui, chez les femmes surtout, font fortement fluctuer le poids. « La graisse s'installe lentement et elle disparaît lentement, souligne Gérard Apfeldorfer. Il est donc vain de se mettre au régime quand on prend 3 kilos en une semaine, les variations rapides proviennent toujours de mouvements d'eau ! »

Elle nous fait croire qu'un bon poids, c'est un beau corps

Et c'est un mensonge ! Ou plus exactement, une interprétation dangereuse du rôle de la balance dans la construction d'une image de soi positive. « Si le bon poids est le poids d'équilibre, celui qui ne nous coûte pas d'efforts pour être maintenu et qui respecte notre morphologie, précise le Dr Apfeldorfer, alors, ce bon poids-ci fait un beau corps. Un corps accepté, que l'on aime soigner et mettre en valeur, qu'il soit maigre, mince, rond ou gros ! Mais la plupart du temps, lorsque l'on dit beau corps, on se réfère toujours à la norme en cours. Ce qui est à la fois une aberration et la source d'une grande souffrance pour tous ceux qui en sont éloignés. »

Par conséquent, en affichant un poids que nous estimons loin du « beau corps », nous plaçons la balance dans le rôle du surmoi intransigeant et tyrannique. Et à cause d'une pensée magique – « quand je pèserai 50 kilos, je serai belle » –, nous nous coupons de nos sensations corporelles et nous nous privons du plaisir d'habiter un corps singulier.

Elle se prend pour un coach

La balance dans le rôle du coach alimentaire ascendant père Fouettard ! « C'est l'une des croyances les plus désastreuses, déplore Gérard Apfeldorfer. La balance ne fait qu'entretenir des superstitions dangereuses (« il y a les bons aliments, peu caloriques, que l'on peut consommer même de manière boulimique, et les mauvais, gras et sucrés, qu'on doit s'interdire ») qui poussent à la restriction cognitive (en contrôlant mon alimentation, je contrôle mon poids). » Il y a, selon le psychothérapeute, deux façons de manger : en se contrôlant ou en s'écoutant. La balance mène au contrôle, elle transforme le corps en objet, potentiellement dangereux, que l'on doit surveiller et contraindre. Tandis que l'écoute des sensations alimentaires et corporelles fait au contraire de notre corps un partenaire et non un adversaire. « Le nouveau puritanisme qui règne sur la nourriture a pour effet une moralisation de l'alimentation : la surcharge pondérale, même légère, signifie que l'on s'est laissé aller à de coupables plaisirs et que l'on doit remettre de l'ordre dans sa vie ! » précise Gérard Apfeldorfer. S'ensuivent alors des privations aussi excessives qu'inutiles, car on sait aujourd'hui que les régimes draconiens « cassent » le métabolisme et se soldent, à plus ou moins court terme, par une prise de poids supérieure à la perte.

Elle veut toujours avoir raison

Et nous la croyons parce que nous accordons une confiance aveugle et erronée aux chiffres : « Ils ne peuvent pas mentir » pensons-nous. A tort. « Ce poids qui s'affiche n'est pas une vérité scientifique, rectifie le Dr Apfeldorfer. La balance ne peut pas avoir raison car chaque être est singulier, sa morphologie, sa génétique, son mode de vie, son histoire, le rendent unique. Or, la balance ne dit rien de cette complexité, elle réduit l'être à un tas de kilos ! »

Dans tous les cas, avance le psychothérapeute, s'en remettre à une machine et dépendre d'elle nous prive d'une liberté essentielle : celle qui consiste à se faire confiance pour faire les choix de vie que l'on estime générateurs de bien-être physique et psychique. En fonction de son ressenti personnel.

Du bon usage du pesage

Se peser régulièrement, pourquoi pas ? Mais à condition que ce recours ne se transforme pas en dépendance. Pour cela, il faut, selon le psychiatre Gérard Apfeldorfer, prendre quelques précautions.

A quel rythme ? Une fois par mois. En considérant normale une variation de poids portant sur 1 à 3 kilos.

Quand et comment ? Le matin ou le soir, peu importe, mais de préférence habillé, pour ne pas « fétichiser » son poids. L'important est d'avoir une estimation globale. Exemple : savoir qu'on pèse entre 59 et 61 kilos.

Quelle balance ? Surtout pas une balance ultraprécise qui, en enregistrant les infimes variations pondérales, se transforme en machine à produire des émotions (génial, moins 200 grammes ! Horreur, plus 200 grammes !) La précision encourage l'obsession et entretient les idées fausses sur son rapport au corps et à l'alimentation. A éviter aussi les balances parlantes, distributrices de bons et mauvais points.

 

 

En ce qui me concerne, il y a encore du boulot pour ne plus dépendre des chiffres.......

 

Publié dans Parcours alimentaire

Commenter cet article

Cicciotella 09/11/2013 10:10

Merci de ce rappel.
Il se trouve que je me suis beaucoup détachée de ma balance, ces derniers temps. Dans le logiciel et le carnet d'Athlète-et-Endurance que je remplis chaque fois que je cours, je suis censée écrire mon poids. Eh bien j'ai écrit toujours le même pendant un mois, sans aller le vérifier, mes sensations vestimentaires et corporelles n'ayant pas tellement évolué, chose qu'il aurait été impossible de faire il y a six mois. J'ai vérifié avant-hier seulement, et, effectivement, j'avais seulement perdu 600 g ; ton article me rappelle qu'un poids n'est pas à la centaine de gramme près, mais aux 2-3 kg près. Je n'ai peut-être donc pas maigri : j'ai bien fait d'écrire un poids supérieur.

Je suis également tout à fait d'accord avec les AZ à propos de ce poids idéal fantasmatique et de la pensée magique qui consiste à considérer les chiffres de notre poids idéal comme ceux d'un loto gagnant amoureux, narcissique, social, etc. J'ai été victime de cette approche du poids idéal. D'ailleurs, je ne sais pas bien où il est. Je me suis sentie extrêmement bien à 60-61 kg mais pas complètement (soit parce que je ne l'étais effectivement pas, soit parce qu'un calcul de poids idéal prétendait que mon objectif devait être 56 ! et la silhouette de mes camarades longilignes me le confirmait), plutôt bien à 64 kg, je commence à être trouvée jolie par tout-un-chacun à 73 kg, mon taux de graisse exigerait que je passe en dessous de 60 kg pour être vraiment dans une "norme"... J'ai bien peur de ne jamais vraiment savoir ce qu'il en est : je suis trop loin de tous ces chiffres.
Tant pis, je suis déjà si contente de manger ce que je veux, dans tous les sens du terme, sans que mon poids s'envole, comme il le faisait toujours ! La clé n'est effectivement pas la balance, mais les indications de satiété de notre propre corps.
J'adhère complètement à l'idée d'un partenariat avec lui plutôt qu'avec une machine !

imaginer 12/11/2013 15:03

Je ne vais pas répondre individuellement à chacune d'entre vous, je pense que tout a été bien dit.
Merci infiniment de vos réactions !

nadoche 09/11/2013 08:46

merci pour cet article qui me touche particulierement, car ma fille de 15 ans hier soir me parlait d'un programme pour les élèves de son lycée, de prévention de l'obésité, ou ils sont pesés, répondent à un questionnaire sur leur alimentation, sont mesurés (ma fille aurait un tour de hanches un peu trop important!!! n'importe quoi elle met du 38 !!!!!) et une de ses amies était déprimée car elle pèse lourd, pourtant sa silhouette est harmonieuse, je trouve cela un peu.....débile NON ????
bizarre, les ados n'ont pas besoin de ça en plus de leur mal être ...
ma fille entrant dans les normes de la balance ;-) a demandé à ne pas participer à ce programme, surtout qu'elle zermatise naturellement....
mais son amie est destabilisée...et anxieuse, déjà qu'elle y est bcp , et qu'elle a toujours faim ....à cause de ça je pense (je m'identifie peut-être, mais j'étais et je suis encore comme ça ...)
voilà pour quoi cet article me touche, et je te remercie vraiment, car je vais le faire lire à ma fille, et qu"elle en parle à son amie, pour l'informer !!!
bises !!!!!

Cicciotella 09/11/2013 09:58

J'encourage ta fille à ne pas entrer dans ce cercle vieux.
Moi, à 14 ans, je lisais des magazines féminins (notamment Vital, qui ne parlait que de sport, de régime et de poids...) et j'ai cultivé une adéquation perfection = minceur qui non seulement ne m'a pas aidée à rester mince, mais en plus, a détruit mes rapports avec la nourriture et ma propre image corporelle.
Le bon poids, c'est celui où on arrive à faire ce qu'on a à faire sans essoufflement ni difficultés liées, justement, à l'embonpoint ; idem pour la ration calorique ; au "régime", je ne peux absolument pas faire de sport (sauf à provoquer des compulsions), car je suis toujours épuisée.

Isabelle 08/11/2013 16:05

Vraiment très très intéressant cet article ! moi j'évite la balance parce que mon repère c'est mes vêtements ! cet été je me suis rendu compte que j'avais "beaucoup" grossi car je ne rentrai presque plus dans mes robes, évidemment je me suis pesé et badaboum +8-10kg ... j'en ai chialé .... je me dégoutai ... et puis je me suis posée et me suis dit qu'il fallait que j'accepte que mon poids de "forme" était 65-70 kg sinon je serais malheureuse toute ma vie, bon c'est pas évident tous les jours .... il faut dire que les médias ne nous aident pas vraiment .... en tout cas merci pour ce billet qui me conforte dans l'idée de BANIR les régimes !!! bon week end miss !

V. 08/11/2013 14:27

Je ne voyais pas tout ça dans la balance !
Le corps médical considère cet objet comme un outil de travail. il y a encore du boulot de ce côté là.
Quelle conclusion... j'en reste sans voix. Pas facile à appliquer, même si je suis assez détendue du côté des chiffres.